«Se décentrer», nous invite Dominique A dans une de ses chansons.
Jérôme Castel, à sa manière se prête à la proposition.
Rendre l’être humain à sa fragilité, à son état, le regarder s’épanouir et parfois se débattre dans les éléments, l’eau, la terre, le vent, les paysages. Petite espèce dans les grands espaces, mammifère parmi les mammifères, parmi les plantes, dans la tempête.

Animal à la sédimentation lente, musicien inavoué quoique déjà affamé de musique au bord de l’Ain , sa montée à la capitale pour ses 15 ans le dévoile à lui-même. Avec la certitude d’avoir grandit hors-sol ou sur de la mauvaise terre.
S’inventer de nouvelles racines n’est pas chose aisé, cela prend du temps.
Découvrir la guitare, le chant, explorer le fleuve rock et tout ces affluents qu’un grand frère mélomane lui à laissé entrevoir. Fouille, creuse et dévore.
Une fois découvert, Sonic youth ne le lâchera jamais et il s’étonne encore d’avoir pu ignorer si longtemps le chanteur Christophe qui s’offre à ses oreilles au mitant des années 90.
L’idée d’un axe, d’une terre idéale qu’il faudrait irriguer, d’un paysage à inventer, à transformer.

Jérôme Castel traverse les années 90 et les années 2000 caché mais déjà en mouvement, petit ruisseau sous-terrain.
Slasheur avant l’heure, et pour vivre puisqu’il faut vivre il devient dj de minimale allemande, anime une chronique musicale sur une petite chaine thématique du câble, fait de la post- production pour l’audio-visuel, enregistre un disque dans une maison de banlieue que seuls ses amis écouterons, chante dans un choeur d’opéra de poche, enregistre Un Ep et donne des concerts dans tous les lieux de poussières que compte la ville lumière.
Une chanson est remarquée par les inrocks, à l’époque du concours CQFD sur internet. Le titre « le cow-boy » et le clip guiraudien qui l’accompagne aurait pu être un tube… Pas grave !

Petit fleuve tranquille, il déploie ses méandres guitaristiques au près de Kamas et les corbeaux, le temps d’un disque et de nombreux concerts. Fredda l’invite à son bord pour une tournée allemande Et Bertrand Louis en fait son guitariste de scène puis d’album.
Il écrit des musiques pour le théâtre qu’il interprète sur scène, guitare électrique à la main au milieu des comédiens à qu’il donne la réplique si on lui demande.
De bras en bras le voilà Delta, grand bain-j’ai-plus-pieds dans le limon nourricier et vogue le bateau joyeux sur les aventures salines!

Ivre de tout cela il émerge enfin, petite terre nouvelle, avec un nouvel Ep, «la chaleur animale». Sept titres qui racontent le changement, des rapports humains étranges,ce qu’on ne saisi pas, ce à quoi on renonce et ce qu’il nous restera.
Dans une lumière oblique et des climats changeants Jérôme Castel propose une musique tantôt douce tantôt puissante aux influences anglo-saxonnes assumées. Guitares pincées, frottées, feutrées,triturées, en cascades ou solitaire, des qui hurlent en sous-main, et des qui caressent par devant dans la franchise d’une parole en langue française bien décidée à raconter des histoires en toute intimité. Une chanson pleine de matières sonores, une chanson sonique.

Des paysages peuplés de métamorphoses animales et végétales, de beautés saisonnières et de roches fébriles qui se meuvent avec élégance et sensualité dans cet espace que délimitent le silence et la chaleur.
Peaux caressées et humeur de chien, au centre il n’y a jamais eu rien.
Un disque qui commence par une question simple ,«qui?» et se conclut par une affirmation claire, «qu’a tout perdre il nous restera la chaleur animale»

Et çà n’est pas rien.

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